DERRICK : L'adieu au poste.
Le personnage de Derrick avait pris le pas sur ma personnalité.
- Horst Tappert, comment se passe l'après-"Derrick" ?
- J'ai interprêté "Derrick" pendant vingt-cinq ans, c'est un vrai soulagement pour moi d'arrêter. Mais je me sens dans un état étrange. Durant toutes ces années, le personnage avait pris le pas sur ma personnalité. Là, je suis redevenu moi-même.
- Comment occupez-vous votre temps libre ?
- Il se trouve que j'ai moins de temps qu'avant. "Derrick", c'était devenu une routine, je n'avais pas besoin de me préparer avant les prises. A présent, j'ai beaucoup d'entretiens avec la presse, car je dois assurer la promotion de mon livre, "Derrick et moi", qui est sorti il y a un an en Allemagne. Vous devriez pouvoir le lire très prochainement.
- Quel est votre plus beau souvenir de la série ?
- Sans hésiter, ce sont les douze épisodes dont j'ai écrit les scénarios.
- Si vous aviez pu prévoir à l'avance le nombre d'années durant lesquelles vous alliez interprêter ce rôle, auriez-vous accepté d'être Derrick?
- A l'époque, je faisais pas mal de théâtre, et les rôles qu'on me proposaient n'étaient pas très intéressants. Le producteur m'a dépeint le personnage avec beaucoup d'enthousiasme et il m'a convaincu. J'ai bien fait d'accepter, car je l'ai toujours interprêté avec plaisir, sans jamais me lasser.
- Comment expliquez-vous que ce feuilleton soit devenu un tel phénomène ?
- Il y a eu des études faites par des universitaires pour tenter de l'expliquer. C'est sans doute parce que c'est un homme plein de bienveillance. Quel que soit le criminel et ce qu'il a fait, il n'essaie jamais de l'enfoncer. Il est très attaché aux valeurs humaines, et surtout il ne se montre en aucun cas triomphant ou content de lui. Il sait que même s'il a résolu une enquête, le crime ne s'arrêtera jamais.
- Que pensez-vous de la fascination que Derrick exerce sur les femmes ?
- C'est un peu le même phénomène avec des acteurs comme Louis Jouvet ou Humphrey Bogart. Ils ne sont pas forcément beaux, mais les femmes sont néanmoins très attirées. Je pense qu'elles veulent quelqu'un sur lequel elles pourront toujours compter, une épaule sur laquelle se reposer.
- On dit que Fritz Wepper, l'acteur qui jouait votre assistant dans "Derrick", s'est un jour battu avec vous, pensant que vous courtisiez sa femme. Est-ce la vérité ?
- C'est faux, et le journal qui a écrit ça a perdu le procès que nous lui avons fait. J'ai, au contraire, toujours eu d'excellents rapports avec Fritz Wepper.
- Est-ce que que vos fans vous ont déjà attiré des problèmes conjugaux ?
- Non ! J'aime ma femme et elle m'aime. Nous fêterons nos cinquante ans de mariage en août ou septembre. Nous avons une relation absolument idyllique : nous avons les mêmes goûts culturels, le même sens de l'humour, nous ne sommes pas pour les grandes célébrations alors, nous fêterons ça discrètement.
- Est-ce que vingt-cinq années de "Derrick" ne vous ont pas totalement épuisé ?
- Je suis en pleine forme. Vous savez, je viens d'achever le tournage d'un téléfilm en deux parties qui s'appelle "Le cardinal". Les conditions étaient extrêmement difficiles. Nous étions dans le nord de l'Italie, c'était le plein hiver et nous tournions dans de grandes bâtisses de pierre impossibles à chauffer. Je n'ai même pas eu un rhume. Quand on est sorti vivant de ça, on peut se dire que tout va bien !
- Pouvez-vous nous parlez de ce rôle ?
- Je joue un homme d'Eglise, professeur en théologie. Le pape le nomme cardinal, mais presque aussitôt après, le passé de cet ecclésiastique le rattrape. Quarante ans plus tôt, alors jeune curé, il avait eu une liaison avec une femme, et une petite fille était née. Il n'était pas au courant. C'est un rôle extrêmement intéressant pour moi, car il est à l'opposé de Derrick, ce commissaire toujours maître des évènements.
- Quand verrons-nous ce film ?
- C'est en pourparlers, mais ce devrait être très rapide. Il va d'abord passer en Italie.
- Comment s'est passée votre rencontre avec Jean Paul II ?
- C'est un moment inoubliable. Il rayonne d'amour, et comme il est en très mauvaise santé, on a très envie de le progéger.
- Que pensez-vous du fait qu'il ait sorti un CD ?
- Je trouve ça très amusant et ça ne m'étonne pas du tout de lui. C'est un homme plein de facettes : il a fait du théâtre, joué au football.
- Etes-vous catholique ?
- Non, je suis protestant... Et encore, si peu !
- Pour en revenir aux séries policières, connaissez-vous "Navarro", la série française ?
- J'en ai entendu parler, mais je ne l'ai jamais vue. Je connais juste "Maigret". J'avais d'ailleurs rencontré Jean Richard. Je suis même allé chez lui. Il m'avait offert une des pipes de Maigret que j'ai gardée.
- Est-il vrai que vous espérez incarner un méchant avant de prendre votre retraite ?
- C'est faux. Mon prochain rôle sera celui
d'un homme qui part en Thaïlande où son fils est condamné
à mort. Le tournage se fera en novembre 1999. Il y aura des Allemands,
des Français et des Américains. Charles Aznavour devait y
jouer le méchant, mais il a décliné notre proposition.
Nous attendons une réponse de Christopher Plummer. Le titre sera
" Escape from Rangoon".
Un grand merci à Jacques Brinaire qui a recueilli ces propos.
