Un jeune Helvète sur les pas de Derrick.
Derrick - L'ordre des choses
Licencié en psychologie, essayiste, poète, dramaturge,
chroniqueur dans des quotidiens neuchâtelois, Thomas Sandoz, qui
termine, en plus, une thèse en épistémologie sur l'histoire
médicale, est un jeune homme hyperactif et entreprenant, un accro
du travail qui "n'aime pas perdre du temps". Le cheveu bouclé, la
parole aisée, il a encore l'air, à 32 ans, d'un collégien.
Mais d'un collégien à l'esprit si curieux qu'il en fait sa
profession... de foi, qui sait où il va et ce qu'il veut, notamment
vivre un jour de sa plume. Après "99 minimes" (Ed. L'Age d'Homme),
recueil de prose poétique; après "En somme..." (Ed. Monographic)
qui rassemble "le meilleur des chroniques que j'ai écrites entre
1991 et 1997" - il vient de publier "Derrick - L'ordre des choses" (Ed.
de l'Hèbe).
400 heures de visionnage
Un ouvrage où chacun a le loisir de trouver son compte, qu'il
soit inconditionnel du policier bavarois rassurant et autoritaire ou allergique
à son regard de chien battu et à l'ambiance glauque de la
série, imprégnée d'une permanente détresse
humaine. L'auteur de La Chaux-de-Fonds a poussé loin des investigations,
allant au-delà des images. Et de décortiquer avec force détails
et exemples les diverses facettes de ce qu'il appelle le "message Derrick".
Son livre, qui tient de la monographie - neuf mois de recherches, de lectures,
de rencontres, d'écriture, dont 400 heures de visionnage - est une
première. Jusqu'à ce jour, le héros planétaire
le plus fidèle de la télé, sur les écrans depuis
1974, et "le meilleur produit d'exportation allemand depuis Volkswagen",
selon l'ex-chancelier Helmut Kohl, n'avait fait l'objet d'aucune étude.
"Sans Reinecker, pas de Derrick !"
C'est un peu pour cette raison que Thomas Sandoz s'est lancé
dans l'aventure. Un jour, par hasard - "Je ne suis pas un fan de télévision,
qui, en général, m'ennuie." - il tombe sur un épisode,
qu'il regarde jusqu'au bout. Puis deux, puis trois. Ce qui lui donne l'idée
d'écrire une chronique. Il cherche alors de la documentation à
la Bibliothèque cantonale universitaire de Lausanne. Surprise, pas
la moindre petite page. On connait la suite.
Aux yeux d'une grande partie du public, Derrick, c'est d'abord Horst
Tappert, son interprète. Si Thomas Sandoz a de l'affection "pour
le personnage comme pour l'acteur", il se passionne surtout pour le scénariste
Herbert Reinecker, un des auteurs allemands les plus populaires, avant,
pendant et après la guerre. Il a écrit tous les épisodes
de la série, du premier au 281e, l'ultime, tourné en 1997.
"Sans lui, pas de Derrick! C'est ce phénomène que j'ai essayé
de comprendre et qui est d'ailleurs inimitable. Tout ce qui a été
fait ensuite, comme "Der Alte", dans les mêmes studios, les mêmes
meubles, n'a jamais connu le même succès. Car il y manque
la magie Derrick." La magie, quelle magie ? "C'est le double discours,
dit Thomas Sandoz, qui utilise la forme narrative de la série pour
faire passer un message social. Derrière Derrick, j'avais l'impression
qu'on voulait me dire quelque chose, pousser le spectateur à se
poser les grandes questions sur le bien, le mal, à réfléchir
sur la culpabilité et la responsabilité."
Un passé nazi
Cette culpabilité fait partie intégrante de la vie de
Herbert Reinecker, aujourd'hui octogénaire et atteint de cécité.
En 1934, il a 20 ans et travaille dans un mensuel d'idéologie nazie
destiné aux adolescents. Il écrit aussi des romans et des
pièces et se fait une renommée de tribun national-socialiste.
Durant la guerre, il est affecté aux troupes d'information des Waffen
SS. A l'issue du conflit mondial, il "traverse de terribles remises en
question". Thomas Sandoz l'a rencontré un après-midi dans
sa maison entourée de grilles, au bord du lac bavarois : " J'ai
pu lui poser toutes les questions que je voulais, sur sa manière
de travailler, sur sa propre histoire. C'est un homme très retenu,
déchiré de l'intérieur, qui ne s'est jamais remis
de son rôle de national-socialiste. Tout ce qu'il a fait et écrit
depuis le nazisme s'en ressent profondément. Son oeuvre est fondée
sur la lutte contre le chaos, ce qui est source de chaos, sur le sentiment
que chacun est un meurtrier en puissance." Du coup, on regardera "Derrick"
différemment.
Un grand merci à Patricia Gnasso qui a recueilli ces propos.
Informations concernant Thomas Sandoz et son livre
Le livre : "Derrick - L'ordre des choses" (Ed. de l'Hèbe) est disponible dans toute bonne librairie. Il est également possible de le commander sur le site que Thomas Sandoz consacre à Derrick.
Le Derrick's Club vous conseille
vivement de consulter ce site : Thomas
Sandoz sur Derrick .
